L’engagement citoyen face à l’exécutif

Il est nécessaire de se livrer à une analyse
de l‘Exécutif par rapport à sa légitimité démocratique qui traduit l‘engagement
du citoyen par le biais des élections. Parce que l‘Exécutif composé du
président et du gouvernement jouit de la plus large légitimité populaire par
rapport aux autres pouvoirs, il faut se demander quelle est la valeur de cette
légitimité au cours de ces trente dernières années. Il est inutile de souligner
à quel point cette légitimité, expression du consentement du citoyen, n‘a
aucune matérialisation dans sa vie quotidienne. De toute façon, ce qui est
certain, en grand ou en petit nombre, le citoyen haïtien se contente d‘aller
aux urnes sans une claire compréhension des enjeux de l‘avenir de son pays.
A titre d’exemple, rappelons les élections
portant René Préval à la présidence pour une deuxième fois qui ont eu l‘aspect
d‘un véritable carnaval populaire. La population a massivement accordé un
second mandat à Préval. Mais quelle est alors la signification réelle de cette
légitimité ? Aucune signification réelle. La population s‘est contentée tout
simplement de barrer la route aux « non-lavalassiens ». Puis, cette
population oublie qu‘elle a été à l‘origine de l‘élection de Préval. C‘est dire
que la légitimité dans son aspect citoyen perd énormément de son importance. On
peut être tenté de prétendre le contraire parce qu‘il y a eu des émeutes de la
faim et beaucoup d‘autres agitations populaires du 7 au 9 avril 2008. Les
soulèvements spontanés, ponctuels et non structurés, traduisent certes
l‘insatisfaction populaire, mais ne correspondent pas aux formes de
protestations citoyennes souhaitables contre les gouvernements se succédant en
Haïti. A moins d‘une révolution, ce n‘est pas impossible, toutefois il faudra
attendre que toutes les conditions objectives soient réunies.
Il y une insatisfaction constatée, affichée
du peuple par rapport à l‘Exécutif. C‘est le signe de la perte de sa légitimité
démocratique. Quel devrait être désormais le sens de l‘engagement du citoyen
par rapport à un Exécutif défaillant ? Trois réponses sont envisageables :
l‘abandon, la corruption, la responsabilisation.
L‘abandon est la solution de la facilité.
Elle n‘est pas recommandable. Car, elle laisse les problèmes socio-économiques
tout-à-fait entiers et ne satisfait pas réellement les besoins individuels du
citoyen qui se sent obligé d‘émigrer en quête de meilleures conditions de vie
qui ne lui sont pas garanties dans le pays. C‘est la solution du soulagement
apparent. Mais c‘est la solution généralement adoptée par le citoyen haïtien.
Aujourd‘hui, la diaspora haïtienne ne peut se vanter d‘avoir contribué à
résoudre les problèmes affectant la vie de leur famille en Haïti par les envois
de milliers de dollars chaque année. Car, en dépit de la part non négligeable
que représentent les transferts d‘argent vers Haïti, s‘ils permettent de
compenser les déficits des revenus par ménages, ils ne relèvent pas cependant
les conditions de vie des familles qui pâtissent encore des angoisses du
chômage et d‘un terrible manque à gagner.
La corruption peut revêtir diverses formes.
Haïti est classé parmi les pays les plus corrompus. Le citoyen haïtien fait
endosser le sort entier de la corruption aux politiciens et aux fonctionnaires.
Toutefois, il cautionne le corrompu ou le corrupteur en vue de gagner lui aussi
des avantages particuliers. Dans ce cas, il est clair qu‘il est lui aussi l‘un
ou l‘autre, même s‘il ne se tient pas à la position de commande. C‘est un type
de comportement qui s‘est généralisé au mépris des valeurs morales sur
lesquelles se fonde toute citoyenneté active et constructive. La corruption est
la voie la plus facile pour courir à la fortune même si elle est jonchée de
rebuts de toutes sortes qui polluent honteusement l‘atmosphère de la vie
publique. Ce qui est certain, personne ne doute des conséquences d‘un pareil
comportement sur soi et sur son environnement. On le sait, la corruption est
destructrice de l‘avenir de tout peuple.
La responsabilisation est une attitude
citoyenne caractérisée par une forte implication dans la vie sociale et
politique. Elle se manifeste par l‘accomplissement des devoirs civiques qui
supposent d‘une part le choix de gouvernants compétents, le respect de la vie
commune et d‘autre part le renforcement des institutions publiques par des
actions organisées capables d‘orienter les prises de décisions des gouvernants.
Une citoyenneté responsable est l‘idéal à atteindre. Et parce qu‘elle prend la
forme d‘un engagement concret, elle semble la solution la plus malaisée à
suivre. Il n‘est pas du tout étonnant que la responsabilisation soit difficile
à adopter par le citoyen haïtien qui demeure longtemps dans des conditions
d‘infantilisation. Sans avoir la prétention de soutenir que de loin c‘est la
meilleure solution, je me borne à dire qu‘agir en citoyen responsable est l‘un
des plus sûrs exercices démocratiques pour préserver ses droits et prévenir les
risques de naufrage de la République.
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