vendredi 19 mai 2017

L’engagement citoyen face à l’exécutif

L’engagement citoyen face à l’exécutif


L‘analyse organique du pouvoir exécutif remarquablement conduite par de nombreux juristes et sociologues politiques haïtiens éclaire l‘irresponsabilité du chef de l‘Etat dont le pouvoir se trouve considérablement réduit et l‘entière responsabilité du gouvernement investi désormais de tous les espoirs du peuple face à un Parlement théoriquement omnipotent mais jusque-là incapable de créer le cadre normatif nécessaire au développement intégral du pays. En effet, les Constituants de 1987 ont rendu complexe le fonctionnement des pouvoirs publics en cherchant à enserrer l‘exécutif par des systèmes de freinage et de contre-pouvoir qui exigent un sens aigu de consensus, une vertu citoyenne ignorée dans les démarches sociales et politiques pour le progrès économique de l‘Etat. Il va sans dire que l‘analyse de la Constitution de 1987, si elle permet de comprendre les relations conflictuelles entre les organes étatiques, elle n‘aide pas pour autant à saisir la portée de la légitimité démocratique dont bénéficient les pouvoirs publics notamment l‘Exécutif.

Il est nécessaire de se livrer à une analyse de l‘Exécutif par rapport à sa légitimité démocratique qui traduit l‘engagement du citoyen par le biais des élections. Parce que l‘Exécutif composé du président et du gouvernement jouit de la plus large légitimité populaire par rapport aux autres pouvoirs, il faut se demander quelle est la valeur de cette légitimité au cours de ces trente dernières années. Il est inutile de souligner à quel point cette légitimité, expression du consentement du citoyen, n‘a aucune matérialisation dans sa vie quotidienne. De toute façon, ce qui est certain, en grand ou en petit nombre, le citoyen haïtien se contente d‘aller aux urnes sans une claire compréhension des enjeux de l‘avenir de son pays.

A titre d’exemple, rappelons les élections portant René Préval à la présidence pour une deuxième fois qui ont eu l‘aspect d‘un véritable carnaval populaire. La population a massivement accordé un second mandat à Préval. Mais quelle est alors la signification réelle de cette légitimité ? Aucune signification réelle. La population s‘est contentée tout simplement de barrer la route aux « non-lavalassiens ». Puis, cette population oublie qu‘elle a été à l‘origine de l‘élection de Préval. C‘est dire que la légitimité dans son aspect citoyen perd énormément de son importance. On peut être tenté de prétendre le contraire parce qu‘il y a eu des émeutes de la faim et beaucoup d‘autres agitations populaires du 7 au 9 avril 2008. Les soulèvements spontanés, ponctuels et non structurés, traduisent certes l‘insatisfaction populaire, mais ne correspondent pas aux formes de protestations citoyennes souhaitables contre les gouvernements se succédant en Haïti. A moins d‘une révolution, ce n‘est pas impossible, toutefois il faudra attendre que toutes les conditions objectives soient réunies.

Il y une insatisfaction constatée, affichée du peuple par rapport à l‘Exécutif. C‘est le signe de la perte de sa légitimité démocratique. Quel devrait être désormais le sens de l‘engagement du citoyen par rapport à un Exécutif défaillant ? Trois réponses sont envisageables : l‘abandon, la corruption, la responsabilisation.

L‘abandon est la solution de la facilité. Elle n‘est pas recommandable. Car, elle laisse les problèmes socio-économiques tout-à-fait entiers et ne satisfait pas réellement les besoins individuels du citoyen qui se sent obligé d‘émigrer en quête de meilleures conditions de vie qui ne lui sont pas garanties dans le pays. C‘est la solution du soulagement apparent. Mais c‘est la solution généralement adoptée par le citoyen haïtien. Aujourd‘hui, la diaspora haïtienne ne peut se vanter d‘avoir contribué à résoudre les problèmes affectant la vie de leur famille en Haïti par les envois de milliers de dollars chaque année. Car, en dépit de la part non négligeable que représentent les transferts d‘argent vers Haïti, s‘ils permettent de compenser les déficits des revenus par ménages, ils ne relèvent pas cependant les conditions de vie des familles qui pâtissent encore des angoisses du chômage et d‘un terrible manque à gagner.

La corruption peut revêtir diverses formes. Haïti est classé parmi les pays les plus corrompus. Le citoyen haïtien fait endosser le sort entier de la corruption aux politiciens et aux fonctionnaires. Toutefois, il cautionne le corrompu ou le corrupteur en vue de gagner lui aussi des avantages particuliers. Dans ce cas, il est clair qu‘il est lui aussi l‘un ou l‘autre, même s‘il ne se tient pas à la position de commande. C‘est un type de comportement qui s‘est généralisé au mépris des valeurs morales sur lesquelles se fonde toute citoyenneté active et constructive. La corruption est la voie la plus facile pour courir à la fortune même si elle est jonchée de rebuts de toutes sortes qui polluent honteusement l‘atmosphère de la vie publique. Ce qui est certain, personne ne doute des conséquences d‘un pareil comportement sur soi et sur son environnement. On le sait, la corruption est destructrice de l‘avenir de tout peuple.


La responsabilisation est une attitude citoyenne caractérisée par une forte implication dans la vie sociale et politique. Elle se manifeste par l‘accomplissement des devoirs civiques qui supposent d‘une part le choix de gouvernants compétents, le respect de la vie commune et d‘autre part le renforcement des institutions publiques par des actions organisées capables d‘orienter les prises de décisions des gouvernants. Une citoyenneté responsable est l‘idéal à atteindre. Et parce qu‘elle prend la forme d‘un engagement concret, elle semble la solution la plus malaisée à suivre. Il n‘est pas du tout étonnant que la responsabilisation soit difficile à adopter par le citoyen haïtien qui demeure longtemps dans des conditions d‘infantilisation. Sans avoir la prétention de soutenir que de loin c‘est la meilleure solution, je me borne à dire qu‘agir en citoyen responsable est l‘un des plus sûrs exercices démocratiques pour préserver ses droits et prévenir les risques de naufrage de la République. 

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Avocat et Magistrat de profession.