samedi 29 avril 2017

Comment former des citoyens haïtiens responsables?

Vers la socialisation citoyenne!

Il se ressent le besoin impérieux de développer en Haïti ce qu'il convient d'appeler une socialisation citoyenne.
Education à la citoyenneté
La citoyenneté comme l‘expression d‘un pragmatisme utilitaire est une vertu qui doit faire l’objet d’un apprentissage car elle ne se développe pas tout naturellement. L‘individu apprend à devenir un citoyen actif et productif grâce à un processus de socialisation à travers des structures capables de lui enseigner l‘honnêteté des actions positives et l‘admiration religieuse des devoirs bien accomplis. La responsabilisation est évidemment le principe de base d‘un tel processus. Mais encore faut-il favoriser et accompagner l‘apprentissage de toutes les valeurs dont la culture restitue un citoyen responsable. La citoyenneté responsable, pragmatique est une institution démocratique que les instances de socialisation doivent promouvoir et consolider pour une organisation sociale efficace.

Aujourd‘hui se ressent ce besoin impérieux de développer en Haïti ce qu‘il convient d‘appeler une socialisation citoyenne, c’est-à-dire un ensemble d’opérations d‘assimilation des valeurs citoyennes par lesquelles l‘individu apprend à s‘ouvrir aux autres et à la vie collective. C‘est une urgence que d‘encourager une socialisation citoyenne puisque la société haïtienne est porteuse d‘anomie à cause de la mentalité de la grande majorité dont la conscience est formatée de concepts égocentriques et matérialistes.   

Promouvoir la socialisation citoyenne à un moment où la majorité des Haïtiens est frustrée par l’insatisfaction des besoins élémentaires semble une entreprise hasardeuse. Mais c‘est dans la perspective de contribuer à relever les défis que je me lance dans le jeu des propositions au fil de cet article.

La finalité de la socialisation citoyenne

L‘apprentissage d‘une socialisation citoyenne suppose un but, à savoir : faire de l‘individu l‘artisan de son propre bien-être et de celui de sa communauté. Ce but ne peut être atteint que par des tactiques politiques, éducatives et organisationnelles. Il n’existe pas de tactiques absolument meilleures. Il importe que ces méthodes prennent en compte l’évolution de la société et se fondent sur une pédagogie qui soumet l‘enfant comme l‘adulte à des expériences susceptibles de les aider à réaliser comment éviter les comportements dangereux, rejeter les stéréotypes, discréditer une idéologie haineuse, organiser une association, échanger des signes de reconnaissance pacifique.

Ainsi, l’apprentissage de la socialisation citoyenne suppose des tactiques politiques qui présentent des stratégies pour une véritable implication et participation citoyennes ; ensuite des tactiques éducatives consistant en la définition de programmes pratiques d‘encadrement familial et scolaire ; enfin des tactiques organisationnelles qui rassemblent des procédures susceptibles de rendre les regroupements de citoyens plus efficaces.  

Stratégies d’implication et de participation citoyennes

L‘apprentissage de la socialisation citoyenne passe forcément par la mise au point de stratégies politiques incitatives élaborées par les autorités gouvernantes dans l’objectif de répandre le goût pour l‘exercice des droits de citoyenneté. Elles se fondent sur le recentrage des priorités politiques sur les individus désintéressés à la vie publique pour tenter de leur donner de nouvelles raisons de croire en l‘assurance de leur avenir dans le pays. Autrement dit, les stratégies politiques incitatives supposent que les autorités doivent savoir se rendre intéressantes pour intéresser les citoyens à la politique.

En Haïti, la politique porte souvent des germes de démotivation et, par ainsi, est loin de servir d‘exhortation à embrasser la cause commune. A cet effet, les dirigeants doivent appliquer une méthode très pratique pour inciter toutes les catégories de la population à s‘intéresser aux questions politiques. Cette méthode est de se rapprocher de toutes les couches sociales puis de leur proposer la gestion de certaines activités d‘intérêt public par elles-mêmes. C‘est la logique du partage des responsabilités de l‘organisation de la vie collective. Pour mettre en œuvre le partage des responsabilités, il faut :

• Développer un programme de leadership au niveau des localités afin d‘encourager les populations locales à assumer leur destinée.

• Favoriser la culture des droits et des libertés en vue de promouvoir la cohésion sociale et une meilleure connaissance et compréhension des droits et des libertés fondamentaux.  

• Encourager la formation de collectifs de parents d’élèves en vue d’échange entre eux sur les méthodes éducatives dans le cadre de la famille.

• Appliquer le principe de l’anonymat qui consiste à remplacer l’identification nominale par une identification numérale. L’application de ce principe aiderait à éliminer l’influence des noms, combattre la corruption, le favoritisme et tout autre traitement différencié.      

Encadrement familial et scolaire

La population haïtienne est constituée d‘une majorité de jeunes dont le plus fort pourcentage manifeste un profond désintérêt par rapport aux questions politiques. Des programmes d‘encadrement des jeunes apparaissent alors comme une nécessité. La mise au point de ces programmes marquerait une avancée significative dans la lutte contre l‘éclatement des familles et l‘effritement des valeurs morales et citoyennes au sein de la société.

Comme on se plait à le répéter : « L‘avenir de la démocratie en Haïti est lié à celui des jeunes ». Les indices de découragement de la jeunesse sont révélateurs du péril imminent qui menace l‘implantation réelle de la démocratie en Haïti. De ce constat nait la nécessité de mettre en œuvre des activités d‘éducation à la citoyenneté qui intéressent les enfants et les jeunes. La conception de guides pédagogiques (de débat, plaidoyer, simulation de vote, etc.) pourrait aider aussi bien les parents que les enseignants dans la transmission des valeurs citoyennes.

Car, aujourd‘hui, la famille et l‘école, deux institutions fondamentales à la promotion d‘une véritable socialisation citoyenne, ne jouent que très imparfaitement leur partition à cause d‘une carence regrettable d‘outils pédagogiques adaptés à la réalité des enfants et des jeunes. Les parents comme les enseignants se bornent à l‘application des principes d‘éducation traditionnelle auxquels les jeunes sont de plus en plus réfractaires, puisqu‘ils sont soumis à de nouvelles influences artistiques, technologiques, scientifiques, etc. Il faut penser à créer des guides pédagogiques capables d‘orienter les parents et les enseignants dans leur approche auprès des jeunes pour qu‘ils parviennent à les intéresser à la vie de la collectivité.

Rendre les groupes de pression sociale et de contre-pouvoir efficaces

Les groupes de pression sociale et de contrepouvoir sont entre autres des syndicats, des médias, des ONG, des partis politiques, etc. La socialisation citoyenne se manifeste à travers la vie des groupes de pression et de contrepouvoir. Ces groupes rassemblent autour des sentiments de lutte pour un objectif partagé. Ils participent de ce fait à l‘intégration des valeurs citoyennes dans la vie de chacun.

Il faut renforcer la protection contre toute forme de discrimination et d’intimidation antisyndicale tout en évitant que les syndicats ne deviennent des entraves aux investissements par leurs exigences.

Il est grand temps que le foisonnement des partis politiques serve au progrès national. Ils peuvent en fonction de leur idéologie mettre en œuvre des activités de formation civique et d‘éducation à la citoyenneté.

Les médias eux aussi doivent jouer un rôle plus actif dans la mobilisation de l‘opinion citoyenne. Une exigence de professionnalisme se ressent dans ce secteur.

Le faux populisme, le goût de l‘électoralisme, caractéristiques de la classe des intellectuels haïtiens, doivent être combattus avec force et énergie. Pour affirmer son utilité sociale, nul n‘est obligé de remplir une fonction élective ou d‘être titularisé dans un grade de l‘administration publique.

En Haïti, la politique porte souvent des germes de démotivation et, par ainsi, est loin de servir d'exhortation à embrasser la cause commune.
Citoyenneté active et constructive
Tout compte fait, aujourd‘hui, un devoir de conscience s‘impose à chaque Haïtien. C‘est un devoir qui exige la culture d‘une moralité sociale. Seule une prise de conscience réelle peut aider à relancer Haïti dans la trajectoire du développement.

La disposition à remplir ce devoir de conscience n‘est jamais naturelle ni spontanée chez l‘individu, elle doit être suscitée par un travail de rafraichissement de la mémoire historique puis encouragée par un ensemble de démarches de socialisation qui mettent l‘emphase sur l‘éducation à la citoyenneté et la connaissance parfaite des institutions étatiques sur lesquelles se concentrent les responsabilités de satisfaire les besoins sociaux.

La majorité des Haïtiens comprend la participation citoyenne uniquement comme le fait d‘aller aux urnes. Il faut bien entendre qu‘elle est étendue à toutes les initiatives que le citoyen peut entreprendre avec un sentiment d‘intérêt public. N’étant pas une vision trop idéaliste, il est grand temps de mettre en branle le processus long mais intéressant et fructueux de la socialisation citoyenne.  

2 commentaires:

Unknown a dit…

Je ne sais comment te remercier pour cet article ô combien édifiant qui dénote ce qui, pendant des mois occupait mes pensées,et m'a poussé à entreprendre un voyage de consultation en Haiti la semaine dernière, voila pourquoi on dit que les grands esprits se communiquent. Merci Du Bellay!

Jasmin Du Bellay a dit…

C'est toujours un plaisir de contribuer au débat sur les problématiques en Haiti. Le blog est conçu dns cet objectif. Je suis heureux que je puisse aider en quelque sorte. Si l'article t'a paru intéressant, merci déjà de le partager afin de mobiliser plus d'idées autour de la question. A bientôt... pour le prochain article.

Avocat et Magistrat de profession.